Citoyen du Monde, Citoyen de le Terre… La différence n’est pas évidente et l’argumentation avancée pour expliquer cette différence, guère convaincante. Il y a bien longtemps, en effet que les citoyens du monde ont fait leurs les arguments des « citoyens de la Terre » pour « une gestion commune des ressources de la Terre » afin que survive l’humanité. D’aucuns parlent encore de citoyenneté planétaire. Pourquoi pas ? si derrière ces différentes appellations se retrouve le même souci de mettre les biens publics mondiaux au services de l’humanité dans le respect de la Terre-patrie pour les uns (par exemple Edgar Morin, citoyen du monde de longue date) ou de la Terre-Mère (les Indiens de Bolivie, par exemple). L’auteur de l’article écrit :

Ah bon ? Affirmer que l’eau est un bien commun de l’humanité relève de l’abstrait ? Quand des paysans indiens font plier Coca Cola parce que, pour fabriquer son célèbre breuvage, l’entreprise pompait les nappes phréatiques de toute la région où elle était implantée, cela relève aussi de l’abstrait ? En 2003, la bataille de l’eau menée par la population de Cochabamba (Bolivie) contre les multinationales de l’eau était aussi du domaine de l’abstrait ? S’indigner de l’existence d’un 6ème et d’un 7ème continent (regroupement de déchets en matière plastique sur des centaines de milliers de kilomètres carrés) respectivement dans l’Océan Pacifique et dans l’Océan Atlantique, cette indignation serait aussi de l’ordre des « choses qui restent bien abstraites » ? Allons donc…

Les citoyens du monde font d’autant moins « un bon organigramme d’une autorité mondiale » qu’ils estiment que c’est à un Parlement mondial élu par les peuples du monde qu’il reviendra de créer cette ou ces autorités mondiales nécessaires à la survie des espèces vivantes, dont, évidemment, l’humanité. Laquelle ou lesquelles autorité(s) auront des comptes à rendre aux élus de ce Parlement qui, eux-mêmes, comme tous les élus, auront des comptes à rendre aux citoyens du monde qui les auront envoyés au Parlement mondial.

On voit bien qu’être citoyen du monde, ce n’est pas, bien au contraire, « être dégagé de sa responsabilité ». Ce n’est pas « faire porter à d’autres le soin de l’initiative ». C’est être le premier et indispensable maillon de la chaîne qui mène à l’organigramme d’une autorité mondiale.

Ainsi l’auteur émet des doutes sur l’utilité d’une réflexion sur le bien commun mondial mais, en même temps, écrit en conclusion : « Il revient au pouvoir politique de se décider pour le bien commun [mondial] pourvu qu’il trouve une majorité pour le soutenir ». La contradiction saute aux yeux : comment une majorité de citoyens peut-elle soutenir un pouvoir politique afin qu’il « se décide pour le bien commun » si, en même temps, on n’incite pas ces mêmes citoyens à « réfléchir » à cette « chose bien abstraite » qu’est « le bien commun mondial » ?

la rédaction