Le réchauffement climatique est devenu depuis quelques années une réalité incontournable à l’échelle de la planète. Aucun pays n’est épargné par ce phénomène qui va bouleverser de plus en plus la vie de l’espèce humaine, mais aussi celle des animaux et du végétal partout dans le monde. Le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) se réunit chaque année pour analyser la situation. Ces constats successifs sont sans appel. Il fait de plus en plus chaud sur notre terre et les 10 dernières années ont été les plus chaudes depuis 136 ans que sont enregistrées les températures.
Les projections du GIEC pour les 50 années à venir annoncent une augmentation de température comprise entre 2° et 5°, laquelle, entre autres conséquences, entraînera une montée du niveau des océans qui contraindra toutes les populations vivant dans les plaines littorales à se déplacer vers des régions plus hautes. Aujourd’hui, 10 % des Terriens soit environ 700 millions de personnes vivent à moins de 5 km d’une mer ou d’un océan. On peut imaginer les déplacements de foule que cela impliquera, si rien de sérieux n’est fait pour enrayer ce phénomène de réchauffement.
Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Les experts du GIEC sont, encore une fois, formels : cette élévation de la température est une conséquence de l’accroissement de l’activité humaine sur notre Terre. C’est plus précisément le développement de l’activité industrielle depuis les années 1950 qui a produit, en quantité exponentielle jusqu’à la fin du siècle dernier le gaz carbonique (Co2) qui, en suspens dans l’atmosphère, retient autour de la Terre la chaleur produite par les rayons du soleil. C’est le principe de l’effet de serre. Car sans cette barrière de Co2, cette chaleur retournerait dans la stratosphère et la température resterait stable.
En quoi consiste cette activité industrielle intensément productrice de Co2 ? Jusqu’à la moitié du XXe siècle, c’est-à-dire quand la population mondiale était encore très majoritairement paysanne, l’industrie produisait surtout des biens nécessaires aux êtres humains vivant dans les villes. Dans les campagnes, on vivait plus ou moins en autarcie et, comme les citadins d’ailleurs, on n’achetait que des objets vraiment indispensables à la vie quotidienne.
C’est à partir de 1945, après la Seconde Guerre mondiale, que tout a changé. Est arrivé alors en Europe, en provenance des États-Unis d’Amérique, la société de consommation. Les Européens des villes puis, peu à peu, ceux des campagnes, se sont mis également à « consommer », c’est-à-dire à acheter plus que ce qui leur était strictement nécessaire. L’apparition à grande échelle de la publicité a encouragé cette tendance au superflu, également favorisée par les crédits facilement accordés par les banques aux particuliers. Cette tendance s’est étendue progressivement de l’Occident (Amérique du Nord, Europe de l’Ouest et Australie) au monde entier. Et notre époque, où plus de 50 % de la population mondiale vivent désormais dans des centres urbains, est une aubaine pour les publicitaires et les investisseurs financiers qui sont à l’origine de cette « pression de confort*» et de la mode à l’échelle mondiale, deux faits de société qui ont atteint des proportions dangereuses pour la survie même de l’espèce humaine.
Son ordinateur et son téléphone portable fonctionnent parfaitement, mais une multinationale de l’électronique vient de mettre sur le marché un nouveau modèle comportant de nouvelles « fonctions » ? Influencé par la publicité qui, s’il ne le fait pas, le fera passer pour un arriéré, un ringard, un « qui ne sait pas vivre avec son temps », le consommateur va acheter ce nouvel objet.
À l’échelle humaine, depuis une éternité, une génération c’est 20 à 25 ans. Dans le secteur industriel et celui de la finance (les deux étant depuis le début des années 1980 intimement liés) une génération c’est un à deux ans, parfois moins. Nous sommes donc dans la « surchauffe » permanente de la production. Ce n’est pas tout. En effet, pour créer au moindre coût ces objets « nouvelle génération », dont le caractère indispensable ou même simplement utile est loin d’être évident, les industriels occidentaux ont délocalisé leurs entreprises dans des pays où les salaires des travailleurs sont dix à vingt fois moins élevés qu’en Europe ou en Amérique du Nord. Minimum de coûts pour les investisseurs, maximum de profits pour eux**.
Pour produire ces objets « à la mode », il faut des matières premières (pétrole, métaux, etc.) que l’on va extraire là où elles se trouvent, généralement dans des pays de l’hémisphère sud. L’extraction et l’acheminement de ces matières premières dévastent les lieux où vivent (ou vivaient, car elles en ont été chassées) les populations locales, et rendent pour longtemps impropres à une vie normale les territoires ainsi ravagés. Prenons un exemple : la fabrication – en Asie – de téléphones portables nécessite l’utilisation de matériaux spécifiques (coltan, cassitérite, etc.) que l’on trouve surtout en Afrique, précisément au Kivu, une vaste région située dans l’est de la République Démocratique du Congo. Depuis plus de vingt ans, une guerre entre factions armées y fait rage pour le contrôle des mines d’où sont extraits ces matériaux. Cette guerre, qui n’est pas finie, a déjà fait, dans l’indifférence générale, plus de 3 millions de morts, ainsi que des centaines de milliers de blessés et de réfugiés. Des dizaines de milliers de femmes ont également été violées, le viol y étant considéré comme une arme de guerre. C’est le prix payé par une partie de l’humanité pour qu’une autre ne cesse d’« avancer dans la modernité ».
Pour être vendus sur les marchés du monde entier, ces « produits » sont transportés (tout comme les matières premières pour les fabriquer) par voie maritime ou aérienne, ce qui engendre une pollution supplémentaire des airs et des océans.
Enfin, quand ils sont passés de mode, ils sont abandonnés dans des décharges d’ordures (où ils polluent les sols) ou bien brûlés dans des usines d’incinération (où ils polluent l’air que nous respirons) ou bien encore envoyés par bateau dans des pays africains où, si une partie des matériaux peut effectivement être récupérée et recyclée, différents métaux et les carcasses en matière plastique sont, eux, abandonnés et polluent les sols.

En 1721, l’écrivain français Montesquieu faisait dire à l’un de ses personnages des Lettres Persanes : « Je trouve les caprices de la mode, chez les Français, étonnants. Ils ont oublié comment ils étaient habillés un été ; ils ignorent encore plus comment ils le seront cet hiver ; mais surtout on ne saurait croire combien il en coûte à un mari pour mettre sa femme à la mode ». En ce temps-là, la mode ne concernait alors en France que de riches citadins et n’avait aucun impact sur les écosystèmes. Aujourd’hui, trois siècles plus tard, c’est devenu un phénomène mondial qui concerne des milliards d’hommes et de femmes.
L’industrie textile qui, aujourd’hui, crée de toutes pièces les modes vestimentaires est régie par les mêmes principes : délocalisation, consommation d’énergie, bas salaires, transports maritimes ou aériens incessants, conditions de travail difficiles. Rappelons, pour ne citer que deux exemples, qu’un bâtiment de neuf étages abritant plusieurs usines textiles s’est effondré en avril 2013 à Dacca (capitale du Bangladesh), provoquant la mort de plus de 1100 ouvrières et ouvriers et des centaines de blessés, lesquels travaillaient pour des marques de vêtements européennes. Que, depuis que ce procédé technique est interdit en Turquie (car il a provoqué de nombreux cas de silicose chez les ouvriers), la Chine s’est spécialisée dans le « délavage artificiel » des jeans. Ce sont donc les ouvriers et ouvrières chinois qui, à leur tour, sont victimes de la silicose pour que, dans le monde, les gens portent des jeans à la mode, c’est-à-dire déjà délavés avant même d’être utilisés. Et c’est en Chine toujours, dans la région de Xin Tang, « la capitale mondiale du jean » (elle en fabrique 200 millions par an) que les cours d’eau et les sols sont gravement pollués par les produits – contenant des métaux lourds – utilisés pour la teinture du coton.
Tous les secteurs industriels, ceux du jouet, du bâtiment, de l’agroalimentaire (avec les pesticides et les OGM), de l’automobile, etc. utilisent le même mode de fonctionnement. Voilà pourquoi cette course effrénée à la modernité technologique, à la mode vestimentaire renouvelée en permanence, a des conséquences dramatiques sur le climat mais aussi sur l’air, les sols et les océans qu’elle pollue dangereusement. Avec pour conséquence, si des mesures de régulation à caractère supranational ne sont pas prises rapidement au niveau mondial pour le contrôle de ces compagnies industrielles et financières, plus puissantes que la quasi-totalité des États, un risque réel pour l’humanité.Aujourd’hui, en 2017, ce constat et cette proposition ne brillent pas par leur originalité. Toute personne de bon sens, qu’elle se déclare mondialiste ou non, est en mesure de le faire. Ce ne fut pas toujours le cas, loin de là ! Aussi est-il utile de saluer ces « lanceurs d’alerte » que furent, il y a plus de quarante ans, les délégués élus du Congrès des Peuples***. En effet, par leur Déclaration du 2 juin 1974 sur « l’énergie et les matières premières » et du 1er décembre 1979 sur « les sociétés multinationales » (retrouvez à la suite de cet article les liens), les mondialistes avaient mis le doigt sur ce qui, quatre décennies plus tard, serait enfin vu comme la source de bien des problèmes mondiaux.
Ils avaient hélas prêché dans le désert. Gageons qu’il n’est pas trop tard pour faire entendre la raison et que, à l’« agir global » réclamé par les mondialistes, s’ajoutera l’indispensable « agir local » demandé par la mouvance altermondialiste. Car l’un ne va pas sans l’autre.
« Une société montre son degré de civilisation dans sa capacité à se fixer des limites », écrivait dans les années 1970 le philosophe et économiste Cornélius Castoriadis (1926-1997). Ce propos visionnaire était tenu bien avant que les scientifiques ne mesurent l’ampleur des dégâts provoqués par la priorité donnée au niveau mondial à l’économie, via l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) notamment. Ces limites doivent être impérieusement fixées au niveau mondial. Et si l’on veut que nos petits-enfants aient réellement une chance de vivre dans un monde vivable, il est nécessaire d’ajouter, en paraphrasant C. Castoriadis : « Toute personne montre son degré de civilisation dans sa capacité à fixer dès maintenant des limites à sa propre consommation ».
Joël Luguern

* Selon l’expression du philosophe français Bertrand Méheust, dans son livre La politique de l’oxymore, Comment ceux qui nous gouvernent masquent la réalité du monde, Ed. Les Empêcheurs de penser en rond, La Découverte, 2009.
** D’autant qu’ils placent une part substantielle de ces profits dans des « paradis fiscaux », où les compagnies ne paient pas d’impôts sur leurs bénéfices. Ce qui fait un manque à gagner estimé annuellement à 130 milliards de dollars pour l’ensemble des pays plumés.
*** Le Congrès des Peuples est une institution alternative créée par les mondialistes en 1963. Il regroupe des Délégués élus directement par les Citoyens du Monde. Ces délégués prennent position sur des questions qu’ils considèrent comme étant de dimension mondiale.

4ème Déclaration mondiale du Congrès des Peuples, le 2 juin 1974
ÉNERGIE et MATIÈRES PREMIÈRES

Comme DÉLÉGUÉS ÉLUS au CONGRÈS DES PEUPLES , directement et démocratiquement, par un corps électoral transnational réparti dans 110 pays,

NOUS RAPPELONS que depuis 25 ans les mondialistes dénoncent les Souverainetés Nationales comme la cause de désordres économiques et politiques.

Aujourd’hui, plus que jamais,
NOUS CONSTATONS

– la persistance de l’exploitation du Tiers-Monde par les pays nantis,
– l’inégalité dans l’accès aux matières premières,
– le gaspillage des richesses vitales.

En conséquence,
NOUS DÉCLARONS impérative la création d’INSTITUTIONS MONDIALES à pouvoirs limités mais réels pour assurer :
– l’exploitation rationnelle des matières premières non renouvelables et des sources d’énergie existantes,
– la répartition équitable de ces richesses aux populations du globe,
– la mise à l’étude de nouvelles sources d’énergie non polluantes.

SEULE UNE SOLUTION MONDIALE PEUT RÉSOUDRE CES PROBLÈMES DE SURVIE MONDIALE

13ème Déclaration mondiale du Congrès des Peuples, le 1er décembre 1979
SOCIÉTÉS MULTINATIONALES

Comme DÉLÉGUÉS ÉLUS au CONGRÈS des PEUPLES, directement et
démocratiquement, par un corps électoral transnational réparti dans 110 pays,

NOUS CONSTATONS que de nombreuses firmes privées, de dimensions géantes, dites Sociétés Multinationales ou Transnationales, développent depuis plusieurs années, à travers le monde, et plus spécialement dans les pays du Tiers-Monde, une action constante de pénétration et d‘intervention dans la vie sociale, économiques et politique des Etats-Nations réputés souverains, ce qui permet au pourvoir économique de supplanter le pouvoir politique démocratique
Tout en reconnaissant que le développement technologique qu’elles favorisent améliore les conditions d’existence et parfois la qualité de la vie d’un nombre croissant de consommateurs,

NOUS DÉPLORONS les graves conséquences d’une expansion abusive d’activités essentiellement tournées vers le profit :
– d’une part, la gêne apportée aux efforts des Organisations Gouvernementales,
universelles ou régionales, pour corriger le désordre croissant du commerce mondial, par :
• la création d’un réseau égoïste et fermé de centres de profits répartis dans le monde, sous l’autorité d’une société-mère,
• le pillage du Tiers-Monde et le gaspillage de matières premières non-renouvelables,
– d’autre part, l’atteinte portée aux droits des individus par :
• l’exploitation de l’inégalité des conditions de travail dans les différents pays,
• la non-application par ces Sociétés, dans de trop nombreux cas, des Conventions Internationales du Travail,
• les situations de crise et de déséquilibre qui en découlent dans le monde du travail.

NOUS DÉNONÇONS
– d’une part, l’indifférence dont témoigne envers ces agissements une opinion publique pourtant alertée par la divulgation de nombreux scandales de corruption,
– d’autre part, l’insuffisance des contrôles exercés sur ces Sociétés.

NOUS DÉCLARONS que
SEULE LA CRÉATION D’UNE INSTITUTION MONDIALE SUPRANATIONALE, À POUVOIRS LIMITÉS MAIS RÉELS, permettra un contrôle effectif des Sociétés Multinationales.

Joël Luguern