L’épopée Garry Davis

Ci-dessous un extrait du livre de Guy Marchand, le jour de sa rencontre avec Garry Davis à Paris.

Couverture du livre L'Epopée Garry Davis

Je descends à la station Trocadéro. Inutile de chercher où se trouve Garry : il est au milieu d’un groupe de personnes rassemblées sur les marches du restaurant du Palais.

Je m’approche. J’aperçois un homme jeune, roux, portant un blouson de cuir sur le dos duquel est dessinée une pin-up. Voici sûrement cet Américain original que je reconnais facilement grâce à la photo du journal. Je tends l’oreille pour essayer de discerner quelques mots d’anglais.

Comme toujours, je fais le curieux, j’écoute, je questionne. Je reste plus d’une heure quand, alors que la foule est maintenant égaillée, je vois deux jeunes gens portant l’insigne de « Stop War » qui se saluent, se présentent. Le plus petit, très excité, dit rapidement son nom et son titre : il est secrétaire général d’un mouvement qui doit rassembler le monde entier. En moins d’une minute je suis au courant de tout ce qu’il a fait et de tout ce qu’il souhaite faire à Paris, à Bruxelles, dans le monde. Je sais aussi que l’oncle de l’autre garçon est membre du Comité directeur de ce même mouvement. Mais ce dernier ne peut que difficilement placer quelques mots sous l’avalanche de paroles du jeune secrétaire. Celui-ci parle fort, semble faire un discours, aussi n’y a-t-il aucune indiscrétion de ma part à l’écouter.

Il semble bien jeune, me dis-je, pour être secrétaire général d’une organisation qui a l’air si importante. Mais ce qu’il dit est très juste. Je suis heureux de voir qu’en France on se remue pour ces idées de Paix. Cela me confirme dans mon opinion que de Paris peut partir une action capable d’éviter la troisième guerre mondiale.

A ce moment, je m’approche des deux jeunes gens, je me présente comme très intéressé par tous ces problèmes. Après quelques minutes de conversation, j’acquiers leur confiance, le jeune secrétaire me fait part de tous ses projets pour aider Garry Davis.

– C’est épatant cette action, me dit-il, il a eu une idée de génie. Je suis prêt à abandonner mon mouvement pour l’aider et, en quelques mots, il m’explique le « fait nouveau Garry Davis ».

Le monde est divisé en deux blocs, ce n’est pas au sein de ces blocs qu’il est possible d’agir, mais au milieu. C’est pour cela que Garry Davis est venu en Europe. Son geste est très simple, il a restitué sa carte d’identité au Consulat américain en mai. Selon les lois américaines, il peut, par ce simple geste, renoncer à sa nationalité.

Chaque jour nous allons voir Garry Davis et nous lui apportons tout ce dont il a besoin pour établir son « quartier général » : chaise, table, tente, lit. Dormir quelques jours sur des marches cela se conçoit, mais cependant, comme tout américain, il sait apprécier un certain confort.

La tente est à peine montée que la police commence à s’occuper de lui.

Dans l’après-midi de ce même jour, Garry me demande d’aller chercher d’urgence les mille premières cartes de Citoyen du Monde dans une imprimerie du quai de Valmy.