Il y a 40 ans, le 3 septembre 1977, le biologiste Jean Rostand s’éteignait, à l’hôpital de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), à l’âge de 82 ans. Que de fois, depuis qu’il s’est tu, ceux qui l’ont approché dans la vie ou à travers ses livres, ont ressenti l’injure de son silence.
A une époque où nous doutons de notre devenir, où nous tremblons face à des crimes commis au nom d’un Dogme, d’un Mythe ou d’un Pouvoir, comment ne pas évoquer le souvenir de cet homme qui employa toute son ardeur pour dénoncer les risques d’endoctrinement qui ne cessent de menacer l’humanité. Plus que jamais, nous avons besoin de nous nourrir de sa réflexion. Sa simplicité, sa sympathie, son idéalisme passionné, sa noble insoumission en faisaient un être particulièrement captivant. Curieux de tout, homme de cœur et de raison, il fut certainement le plus populaire des savants de son époque. Malgré une grande timidité, il adorait parler, défendant sans relâche les pauvres, les déshérités, les opprimés. Avec clarté et objectivité, il avait le don de répandre le goût de la réflexion scientifique, philosophique.

Fils du poète et dramaturge Edmond Rostand (1868-1918), de la poétesse Rosemonde Gérard (1866-1953), et frère de l’écrivain Maurice Rostand (1891-1968), il est né à Paris, rue Fortuny, le 30 octobre 1894. Son enfance est auréolée de la gloire de son père, auteur de La Princesse lointaine (1895), La Samaritaine et Cyrano de Bergerac (1897). A l’automne 1900, en raison de l’état de santé du dramaturge, la famille abandonne la capitale et part s’installer à Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), afin de permettre à l’auteur de L’Aiglon de soigner une pneumonie contractée au moment de la création de cette pièce. C’est le professeur Joseph Grancher, ancien collaborateur de Louis Pasteur, Maire de la commune, qui a conseillé ce séjour au Pays Basque.
Le regard du petit parisien se porte sur la nature, préférant les insectes et autres animaux au bruissement des humains qui cessent de « cocoriquer » autour de son père, empêtré dans l’écriture de Chantecler, une satire de la société humaine, ne mettant en scène que des animaux. Refusant de mettre ses enfants à l’école, sa mère, Rosemonde, décide qu’ils étudieront le français et le latin avec Louis Labat, secrétaire de leur père, ainsi que l’anglais avec Miss Day, leur gouvernante. Jean Rostand est à peine âgé de neuf ans, quand il découvre au dos d’un cahier d’écolier une page tirée des Souvenirs entomologiques de Jean-Henri Fabre, consacrée au scarabée sacré modelant des pilules de bouse. Subjugué, il demande à ses parents de lui permettre de lire les neuf volumes des Souvenirs. Par l’intermédiaire de sa mère, il écrit au vieil entomologiste afin de lui exprimer son admiration. L’ermite habitant Sérignan (Vaucluse) répond en envoyant quelques insectes de sa Provence natale, ainsi qu’une photographie dédicacée. Dès lors, sa vocation est fixée, comme ce vieillard en sabots, il étudiera la vie, cherchera à comprendre comment elle naît, se transmet et s’arrête. Son père, sensible à la poésie qui s’élève des pages de Fabre, l’appela un jour le « Virgile des Insectes, déjà baptisé par Victor Hugo le « Homère des Insectes ». L’autre raison de son amour pour les sciences naturelles est directement liée à l’œuvre de son père. A Cambo, alors que la Villa Arnaga (aujourd’hui transformée en musée) s’élevait, le  dramaturge travaillait à Chantecler. Face à la documentation composée de livres spécialisés, d’animaux vivants, surtout d’oiseaux naturalisés, la vocation de son fils ne pouvait que s’affermir.
A l’âge de dix ans il collectionne les insectes, réalise de petites expériences sur les grenouilles qu’il se procure sur les bords de la Nive. Ses rêveries naturalistes se trouvent accentuées par l’isolement dans lequel il vit, loin de camarades de son âge. A ses premiers maîtres succèdent des professeurs du lycée de Bayonne. Il lit beaucoup, découvre Darwin, Pasteur, Claude Bernard, Lamarck, Bichat, Le Dantec. En 1911, malgré des études irrégulières, mais brillantes, il parvient à obtenir son baccalauréat. Dans les dépendances de la Villa Arnaga, il aménage un petit laboratoire afin d’expérimenter à sa guise. Sous la surveillance du professeur Jean Lhermite, alors chef de clinique à l’Hôpital de la Salpêtrière, présent à Cambo, il commence ses premières recherches physiologiques en injectant des hormones à des lapines, afin de provoquer la naissance de mâles. Lors de séjours à Paris, le jeune bachelier, empli d’enthousiasme naïf, suit durant plusieurs mois des cours en Sorbonne, mais il est déçu de ses contacts avec la froide réalité universitaire. Cependant il obtient une licence et de nombreux certificats : physiologie générale, chimie biologique, minéralogie, botanique, histologie, embryologie.
Enflammé par les idées de Victor Hugo et Jean Jaurès, il devient pacifiste. A la veille de la Grande Guerre, il est réformé pour mauvaise constitution. Malgré son dégoût pour la violence, et à la demande de son père, il finit par s’engager, est affecté à l’hôpital du Val-de-Grâce, où il travaille au vaccin anti-typhique sous la direction du professeur Hyacinthe Vincent. Au laboratoire d’évolution des êtres organisés, dirigé par Maurice Caullery, il entreprend une étude sur le cycle reproducteur des larves de la mouche Miastor. Malheureusement, à la joie suscitée par l’armistice succède la disparition de son père, 2 décembre 1918, emporté par l’épidémie de grippe espagnole. La disparition de ce père adoré qui l’intimidait est pour lui une terrible épreuve morale, jamais elle ne cessera de nourrir sa réflexion sur la mort.
La succession de l’auteur de Cyrano de Bergerac devant le mettre à l’abri du besoin, il imagine pouvoir rester à Cambo afin de protéger son indépendance, travailler loin des facultés et des laboratoires officiels. Dans la solitude de la Villa Arnaga, il écrit des pamphlets, s’insurge contre le monde des profiteurs. Le retour des pauvres, est publié en 1919, c’est le seul livre de Jean Rostand à porter le pseudonyme de Jean Sokori. Suit en 1920, La loi des riches. La même année, il épouse Andrée Mante, sa cousine germaine, qui lui donne, un an plus tard, un fils, François (1921-2003). En 1921, il présente : Pendant qu’on souffre encore, cet ouvrage est le dernier écrit à Cambo, en raison de la mise en vente de la Villa Arnaga. L’année suivante, avec sa famille, il s’installe à Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine), dans une maison découverte par la comtesse de Noailles, une amie de son père, qui l’a pris en affection. Malgré les recherches scientifiques qui le passionnent, il se consacre à l’écriture. Entre 1923 et 1928, à travers des essais, il analyse avec une grande acuité la société et les mœurs d’alors. Les morceaux les plus caractéristiques de ces ouvrages furent regroupés en une anthologie intitulée : Pages d’un moraliste.
Durant toutes ces années, il suit avec une attention particulière les débuts de la gynogenèse (reproduction à partir d’ovules non fécondées). A l’image d’Eugène Bataillon, il adopte pour ses recherches les amphibiens anoures : crapauds et grenouilles. Pour le chercheur solitaire qu’il est, ceux-ci ont l’avantage de pouvoir se développer sans grandes contraintes ; ce qui le conduit, en 1928, a obtenir le doublement des chromosomes. Dès 1925, il est l’un des premiers, en France, à s’intéresser aux recherches menées en Amérique par Thomas Hunt Morgan et son école. Avant lui, seul le zoologiste Lucien Cuénot avait participé à des travaux abordant la génétique . Cédant à sa réserve, il utilise ses talents d’écrivain pour exposer au grand jour, des découvertes que bons nombres de membres de la communauté scientifiques refusent de reconnaître. En 1928, il publie son premier livre scientifique : Les chromosomes, artisans de l’hérédité et du sexe. Soucieux de l’importance de la biologie, son talent d’écrivain lui permettra de publier de nombreux ouvrages de vulgarisation, de diffusion scientifique et d’histoire des sciences. A ces titres, il faut ajouter quelques traductions d’ouvrages en langue anglaise : Embryologie et évolution, de Sir G.R. De Beer, Embryologie et génétique, de T.H. Morgan, Hors de la nuit, vues d’un biologiste sur l’avenir, H.J. Muller. Mais Jean Rostand est également un moraliste, un philosophe qui fait partager ses doutes, ses espoirs à travers des ouvrages de pensées, notes et réflexions. Après sa mort, son fils envisagea de livrer aux lecteurs un ultime recueil extrait des carnets de son père. Passé en vente publique (2003), ces attentions sont pour l’heure inédites.
Après avoir publié des ouvrages abordant la vie des crapauds, d’insectes, libellules et projeté d’écrire une vie des tritons, dont il n’existe qu’une ébauche, il abandonne définitivement ces études au profit exclusif des Batraciens. A partir de 1933, il commence des essais en vue de montrer l’action du froid sur des œufs hybrides d’amphibiens anoures. Avec rigueur et opiniâtreté il parvient à remarquer que les œufs soumis à un refroidissement prolongé se développent et engendrent des larves dont les cellules possèdent un stock chromosomique unique, sans participation du noyau spermatique mâle (gynogenèse). Cette découverte confirmée par deux biologistes américains Fankhauser et Griffiths, vaut à Jean Rostand de recevoir le Prix Henri de Parville de l’Académie des Sciences. Dès lors, l’efficacité de son travail commence à se répandre. En 1935, Jean Perrin, Prix Nobel de physique, lui demande de participer à la création du Palais de la Découverte (musée crée par le gouvernement du Front populaire). Avec dynamisme, il apporte une aide précieuse à la réalisation de la section de biologie animale. Durant des années il y présentera de nombreuses conférences sur des sujets variés.
Alors que la France traverse une période sombre de son histoire, que l’ennemi occupe la capitale, dans sa retraite de Ville-d’Avray, à partir de 1943, il entame ses premiers essais sur le clonage ; recherche qu’il poursuivit après la guerre avec le généticien Boris Ephrussi, de l’Institut Pasteur. Il mène également des investigations en vue de trouver un procédé pour conserver en vie des spermatozoïdes d’Amphibiens. Après trois années d’expérimentation, il parvient à montrer l’effet protecteur et conservateur de la glycérine employée à faible dose sur du sperme conservé à basse température, sans toutefois obtenir un résultat probant. Ignorant les travaux de Jean Rostand, en 1952, Robert Briggts et Thomas J. King réussirent l’expérience grâce à une technique parfaitement mise au point. Impartial, le professeur Bernard Luyet de l’université de Saint-Louis, au Canada, écrit à Jean Rostand : « vous êtes en réalité, l’auteur d’une découverte qui est attribuée au groupe de l’Institut national de Londres ».
Suite aux destructions des villes d’Hiroshima et Nagasaki, au Japon, en 1945, il s’engage dans la lutte contre les risques de l’armement nucléaire : « Ce monstrueux produit de la copulation de la haute physique et de l’art militaire »1. Dans les années qui suivent, au côté d’Albert Schweitzer, Prix Nobel de la Paix, il n’a de cesse de dénoncer les méfaits des manipulations atomiques avant d’être nommé président d’honneur du mouvement contre l’armement atomique.
Au printemps 1949, il reçoit un lot de grenouilles vertes (Rana esculenta) en provenance de l’étang de Trévignon, près de Concarneau, en Bretagne, dont un certain nombre possèdent de six à huit orteils. Stupéfait il décide d’entreprendre une recherche pour étudier le mystère de ces développements monstrueux. Il adopte le nom d’anomalie P pour désigner le polymorphisme des déformations et le polydactylisme des sujets atteints. Cette monstruosité lui fut également signalée sur d’autres populations de grenouilles vertes et sur plusieurs plans d’eaux. Mais le chercheur butta contre un problème bien particulier ; à un certain degré, l’anomalie devient létale et disparaît subitement des étangs où elle se trouvait. Après de nombreuses expériences, menées durant des années, le biologiste dû se résoudre à accepter qu’aucun agent, ni chimique, ni physique, n’entraînaient l’apparition de la maladie. L’action tératogène lui sembla être en rapport avec la présence de certains poissons (Tanches, Anguilles) dont les déjections absorbées par les têtards provoquaient l’anomalie. Cette étude poursuivie à partir de 1962, en compagnie de Pierre Darré se prolongea jusqu’en 1970, ayant pour seul résultat, une promesse de solution.
Cette vie de recherche et de vulgarisation de la biologie fut récompensée par des distinctions : Grand Prix de l’Académie des Sciences, Grand Prix littéraire de la Ville de Paris, Prix de la Fondation Singer Polignac, Prix International Kalinga de vulgarisation scientifique. Le 16 avril 1959, il est élu à l’Académie française au fauteuil d’Édouard Herriot. Pour expliquer sa candidature, il déclare aux journalistes : « Mon père l’aimait et il aimait mon père ». Lors de sa réception, 12 novembre, il a pour parrains Georges Duhamel et Jean Cocteau, un ami de son frère Maurice. Dans sa réponse Jules Romains, souligne l’appétit de franche vérité, le mépris des maniérismes du nouvel immortel. Dès lors, il est sollicité pour prendre position sur de nombreux problèmes de société, milite contre la guerre, le racisme, les fausses sciences, l’armement atomique, la peine de mort, pour la paix, l’amitié entre les peuples, la protection de la nature, le droit des femmes, l’avortement, l’école laïque, la démocratisation de l’enseignement…
Lorsque que Francis Crick et James Watson découvrent, en 1961, la structure en double hélice de l’ADN, avec toute la finesse de son intelligence, il comprend que le temps du chercheur solitaire est révolu, que sa rigueur, son inspiration ne peut plus, désormais rivaliser face au microscope électronique, au travail en équipes, aux moyens financiers nécessaires. A plus de soixante cinq ans, il garde cependant l’habitude de recevoir aussi bien des savants que de jeunes lycéens amoureux de la nature, des étudiants en quête de conseils, des amis désireux de s’élever à son contact, des contestataires, etc. Un matin de septembre 1961, il accueille Pierre Darré un jeune passionné landais, naturaliste amateur, qui a entendu l’appel qu’il a lancé à la radio, afin de se procurer des grenouilles porteuses d’anomalies. Alors qu’il n’a jamais accepté d’assistant à ses côtés ; il demande à l’autodidacte, ancien blessé de la guerre d’Algérie, d’utiliser sa ferveur, son ingéniosité, son adresse, sa persévérance, pour surmonter les difficultés qu’il rencontre dans ses recherches sur l’anomalie P. Au fils des mois, des années, en élève attentif celui-ci défriche le camp de son ignorance en écoutant son Maître, mais également en suivant les leçons des nombreux amis du biologiste, dont Étienne Wolff. Plusieurs notes de Jean Rostand et Pierre Darré figurent dans les comptes rendus de l’Académie des sciences, de la Société de Biologie.
Face aux menaces qui pèsent un peu plus chaque jour sur l’avenir de la planète, en 1967, lors d’une conférence, au côté de l’abbé Pierre, il exprime le désir que tous les êtres, quels qu’ils soient, prennent consciences qu’ils sont Citoyens du monde : « Ils sont de tous partis, de toutes opinions, de toutes croyances, les Citoyens du monde. Il y a parmi nous, des croyants et des athées, des rationalistes et des mystiques, il y a des hommes qui respectent l’homme parce qu’ils y voient une image de Dieu et d’autres qui le respectent simplement parce qu’il est l’homme… Il y a des militaires et des anti-militaristes, il y a des hommes politiques et des apolitiques, des hommes qu’on dit de droite et d’autres qu’on appelle de gauche, il y a des violents et des non-violents, des hommes qui pensent que la force doit aider au triomphe de la paix et d’autres qui n’admettent que l’emploi des armes de lumière… Il y a des hommes de vérité et des hommes de poésie. Mais ce qui unit tous ces hommes, par-delà tant de différences, c’est le désir passionné de sauver l’homme »2.
Membre fondateur de l’association Choisir en faveur de l’avortement, il est également président d’honneur du Mouvement Français pour le désarmement, la Paix et la Liberté, de la Libre Pensée, des Amis d’Émile Zola… Mais en 1972, son état de santé se détériore. Les portes de son salon se ferment peu-à-peu. Malgré la maladie sa passion de la recherche reste intacte. Dans les entretiens qu’il accorde à Eric Laurent, pour son dernier livre, il lui déclare : « Si mon ami Pierre Darré me téléphone pour me dire qu’il a vu quelque chose d’intéressant dans l’étang à monstres, eh bien, là, je retrouve ma curiosité ». Dans un courrier adressé à son élève, à propos du laboratoire de biologie d’eau douce que celui-ci souhaite créer, à Pouydesseaux, dans les Landes, il lui rappelle que ce lieu devra avoir « pour but principal de donner aux jeunes le goût des sciences naturelles, et d’éveiller en eux la conscience écologique qui fera d’eux les protecteurs éclairés de la nature »3. Le Centre Jean Rostand, crée par Pierre Darré, fut le premier laboratoire de recherches en milieu naturel installé en France. Une étroite collaboration avec l’Université de Bordeaux lui permis d’acquérir de nombreuses connaissances fondamentales. Ce n’est qu’en 1981, après la disparition de son maître que le centre fut inauguré en présence de sommités de la communauté scientifique : Étienne Wolff, membre de l’Académie des Sciences, de Médecine, de l’Académie française ; Claude Louis Gallien, professeur à l’université René Descartes, Paris V ; Charles Houillon, professeur de Biologie à l’université Pierre et Marie Curie, Paris VI ; Michel Desol, professeur de biologie à la faculté catholique de Lyon ; Charles Beetchen, professeur de Biologie à Toulouse ; Roger Cambar, professeur de Biologie, Bordeaux I ; Robert Marty, professeur de Biologie, Bordeaux I ; Andrée Tétry ; Jean-Louis Fischer.
Après avoir passé sa vie au service de la science, il s’éteignit le 3 septembre 1977, entouré de l’affection de son épouse. Malgré son aversion pour la religion, son fils, appuyé par des gens d’église, souhaita lui offrir des obsèques religieuses. Face aux réclamations des nombreux amis du défunt, il n’y eut point d’office. Seul le R.P. Carré, en sa qualité d’académicien jeta sur le disparu une hypothèse dogmatique en déclarant que « Jean Rostand avait vécu au plus intime du message évangélique ». Toute sa vie le biologiste ne cessa d’afficher son agnosticisme, son refus des dogmes, des croyances, de toutes assertions ou pseudo-certitudes non fondées sur la raison. Homme de vérité, il avait clairement précisé ses positions métaphysiques : « Je crois, que l’individualité spirituelle de chacun devra être jalousement préservée pour le plus grand avantage de l’ensemble. L’intelligence, la sensibilité humaine ne pourrait que perdre à l’homogénéisation, à l’unification des esprits. Pendant un très long temps, et peut-être toujours, il y aura assez d’incertitude dans les jugements et dans les goûts pour que l’humanité trouve profit à ce que les hommes pensent, sentent et croient différemment »4. Pour ses amis croyants, il faisait selon le mot d’Étienne Wolff : « figure d’apôtre laïque ».
De part sa grandeur d’esprit, Jean Rostand a exercé une grande influence sur les esprits de son temps, à travers ses travaux, ses conférences, ses publications. Nombreux sont ceux qui, encore aujourd’hui, gardent le souvenir de l’avoir entendu à la radio, de l’avoir vu à la télévision où il évoquait aussi bien la politique, la religion, l’éthique, la parthénogenèse, la cryobiologie… Quarante ans après sa disparition, il appartient à chacun de le faire connaître auprès des jeunes générations afin qu’ils puissent à leur tour se nourrir de sa pensée. Être dévoué à la mémoire de Jean Rostand, c’est être fidèle à la plus haute des causes qu’il défendit avec panache, celle de servir humblement l’humanité.
Michel Forrier

Essais (ouvrages de jeunesse)
1919, Le Retour des pauvres, éd. Stock.
1920, La Loi des riches, éd. Grasset.
1921, Pendant qu’on souffre encore, éd. Grasset.
1923, Ignace ou l’Écrivain, éd. Fasquelle.
1924, Deux angoisses : la mort, l’amour, éd. Fasquelle.
1925, De la vanité et de quelques autres sujets, éd. Fasquelle.
1925, Les Familiotes et autres essais de mystique bourgeoise, éd. Fasquelle.
1926, De l’amour des idées, éd. Aveline.
1927, Le Mariage, éd. Hachette.
1927, Valère ou L’Exaspéré, éd. Fasquelle.
1928, Julien ou une conscience, éd. Fasquelle.

Livres Scientifiques
1928, Les chromosomes, artisans de l’hérédité et du sexe, éd. Hachette.
1930, De la Mouche à l’Homme, éd. Fasquelle.
1930, La Formation de l’être : histoire des idées sur la génération, éd. Hachette.
1931, L’État présent du transformisme, éd. Stock.
1932, L’Évolution des espèces : histoire des idées transformistes, éd. Hachette.
1933, L’Aventure humaine, éd. Fasquelle.
1933, Les Problèmes de l’hérédité et du sexe, éd. Rieder.
1933, La vie des Crapauds, éd. Stock.
1935, La Vie des Libellules, éd. Stock.
1936, Insectes, éd. Flammarion.
1936, Introduction à la génétique, éd. Tournier & Constans.
1937, La Nouvelle Biologie, éd. Fasquelle.
1938, La Parthénogenèse des Vertébrés, éd. Hermann.
1938, Claude Bernard, éd. Nouvelle Revue Française.
1939, Biologie et médecine, éd. Nouvelle Revue Française.
1939, Hérédité et racisme, éd. Gallimard
1939, La Vie et ses problèmes, éd. Flammarion.
1940, Science et génération, éd. Fasquelle.
1941, L’Homme, introduction à l’étude de la biologie humaine, éd. Gallimard.
1941, Les Idées nouvelles de la génétique, éd. PUF.
1942, Hommes de vérité, 1ère série, éd Stock.
1943, La Genèse de la vie : histoire des idées sur la génération spontanée, éd. Hachette.
1944, La Vie des vers à soie, éd. Gallimard.
1945, Esquisse d’une histoire de la Biologie, éd. Gallimard.
1946, L’Avenir de la biologie, éd. du Sablon.
1947, Charles Darwin, éd. Gallimard.
1948, Hommes de vérité, 2ème série, éd. Stock.
1950, La Parthénogenèse animale, éd. PUF.
1950, La Biologie et l’avenir humain, éd. Albin Michel.
1951, La Génétique des Batraciens, éd. Hermann.
1951, Les Grands Courants de la Biologie, éd. Gallimard.
1951, Les Origines de la biologie expérimentale et l’abbé  Spallanzani, éd. Fasquelle.
1952, L’Hérédité humaine, éd. PUF.
1953, La vie cette aventure, éd. La Table Ronde.
1953, Instruire sur l’homme, éd. La Diane française.
1955, Atlas de génétique humaine, éd. SEDES.
1955, Les Crapauds, les Grenouilles et quelques grands problèmes biologiques, éd. Gallimard.
1956, L’Atomisme en biologie, éd. Gallimard.
1956, Peut-on modifier l’Homme, éd. Gallimard.
1958, Anomalies des Amphibiens anoures, éd. SEDES.
1958, Aux Sources de la biologie, éd. Gallimard.
1958, Bestiaire d’amour, éd. Robert Laffont.
1958, Science fausse et fausses sciences, éd. Gallimard.
1960, L’Évolution, éd. Delpire
1962, Aux frontières du surhumain, éd. Union générale d’éditions.
1962, La Vie, éd. Larousse.
1963, Le Droit d’être naturaliste, éd. Stock.
1964, Biologie et humanisme, éd. Gallimard.
1966, Hommes d’autrefois et d’aujourd’hui, éd. Gallimard.
1966, Maternité et biologie, éd. Gallimard.
1970, Le Courrier d’un biologiste, éd. Gallimard.
1971, Les Étangs à monstres : histoire d’une recherche, éd. Stock.
1972, L’Homme, initiation à la biologie, éd. Larousse.

Livres de réflexions morales
1934, Journal d’un caractère, éd. Fasquelle.
1939, Pensées d’un biologiste, éd. Stock.
1947, Nouvelles pensées d’un biologiste, éd. Stock.
1952, Pages d’un moraliste, éd. Fasquelle.
1953, Ce que je crois, éd. Grasset.
1954, Notes d’un biologiste, éd. Les Pharmaciens bibliophiles.
1959, Carnet d’un biologiste, éd. Stock.
1959, Espoirs et Inquiétudes de l’homme, éd Club du meilleur livre.
1967, Inquiétudes d’un biologiste, éd. Stock.
1970, Quelques discours 1964-1968, éd. Club humaniste.
1975, Entretiens avec Eric Laurent, éd Stock.

Conférences au Palais de la Découvertes
1939, Biologie animale.
1940, L’Homme maître de la vie.
1943, L’avenir de la biologie.
1945, L’homme devant la biologie.
1946, Qu’est-ce qu’un enfant.
1948, L’hérédité humaine.
1949, L’homme devant la biologie.
1949, La parthénogenèse chez les animaux.
1953, Ce que nous apprennent les crapauds et les grenouilles.
1955, Le problème biologique de l’individualité.
1959, Les origines de la biologie expérimentale.
1961, La biologie inventrice.
1966, Un grand biologiste, Charles Bonnet.
1968, Le patrimoine héréditaire de l’homme est-il menacé.
1968, La parthénogenèse des vertébrés.