Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la Transition Écologique et Solidaire, prenons-le, quels que soient les jeux politiques, comme une bonne nouvelle. Et quels que soient, surtout, les enjeux écologiques. Bien qu’ils soient impossibles à mesurer exactement, bien que tout catastrophisme soit néfaste quand il peut faire le jeu des écolo- et climato-sceptiques, ces enjeux, on le sait de plus en plus, sont immenses et vitaux, et tout ce qui peut faire progresser la cause écologiste est positif. Dans ce contexte, on ne peut que se réjouir de sa présence au sein du gouvernement. Après le défilé fantaisiste de ministres de l’écologie dont on se demandait, pour certains, quel pouvait bien être leur lien avec le sujet, il est clair que son engagement n’est pas opportuniste et qu’il connaît le dossier mieux que beaucoup d’autres. Mais… « Ce ne sera pas un chemin de roses », disait-il, fraîchement nommé, dans une interview au JDD. On veut bien le croire.

Sa nomination dans le gouvernement Macron a été largement saluée dans les médias par le terme de « prise de guerre », qui s’est répandue de façon étonnante – mais typique des médias actuels – comme une étiquette politique standard. Le voilà donc otage ou butin, on ne sait pas exactement mais c’est vite dit et le public s’en contentera. Dans tous les cas, il est question de l’image que véhiculerait Nicolas Hulot, aimé des Français, écolo bon teint avec le zeste d’aventure datant d’Ushuaia ; et l’homme intègre, l’esprit indépendant, celui qui s’est jusqu’à présent défaussé des tractations politiques et des partis et a tout d’un coup accepté de mettre son poids dans la balance d’un gouvernement qui l’aurait victorieusement capturé. Sur la photo, c’est aussi le personnage sans cravate et que tout le monde connaît déjà, parmi un groupe de gens peu ou pas connus il y a quelques mois.

Il a considéré, cette fois, qu’il y avait une réelle opportunité de changement, et la possibilité d’agir en « circuit court », de faire jouer aussi cette fameuse transversalité sans laquelle l’écologie ne saurait être efficace.

En réalité, s’il possède une réelle culture écologiste et un désir évident, l’interrogation vient évidemment plus du gouvernement lui-même, la place de l’écologie dans la campagne d’Emmanuel Macron ayant été peu significative, et son gouvernement envoyant pour l’instant des messages contradictoires, comme le choix d’un Premier ministre résolument pro nucléaire. D’où, sans doute, le scepticisme sur cette nomination surprise et la suspicion d’une manipulation au service de la communication et de l’image d’un gouvernement qui en semble très soucieuse.

Image qui a aussi été vite écornée pour le nouveau ministre par une polémique, quand on le croyait à l’abri. Après avoir quitté la présidence de sa fondation, et avoir supprimé son nom de sa dénomination lorsqu’il est entré au gouvernement, un décret a été promulgué à sa demande le 11 août 2017. Ce texte stipule notamment que « le ministre d’État, ministre de la transition écologique et solidaire, ne connaît pas des actes de toute nature relatifs : 1. À la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme ; 2. Au développement, à la fabrication et à la commercialisation de produits cosmétiques ». Nicolas Hulot a ainsi voulu rompre de façon significative avec sa fondation, ainsi que les produits qu’elle commercialise, dans le souci évident de répondre aux critiques générées par les profits qu’il en aurait tiré, et aussi l’épineuse question des conflits d’intérêts, dans un gouvernement qui se veut exemplaire sur ce point. Outre, décidément rien n’est simple, la question des perturbateurs endocriniens que contiendraient certains produits de la marque Ushuaia.**

Quoi qu’il en soit, on attend, on espère et l’on adhère bien sûr à ses priorités, telles qu’il les a déclinées récemment le 2 août, jour du « Dépassement de la Terre », dans une interview sur France Inter : développer les énergies renouvelables pour l’abandon des énergies fossiles, réduire l’énergie nucléaire, adapter l’agriculture aux contraintes climatiques actuelles et également favoriser l’agriculture bio et les circuits courts… Il rappelle aussi l’étymologie du mot économie et prône un retour à la sobriété plutôt qu’à l’hyper consommation, dans la lignée de René Dumont, soulignant : « imaginer une croissance infinie dans un monde fini est une illusion ». Il n’est pas le premier à le dire mais pour l’instant, ce n’est toujours pas le discours dominant.

Actuellement ont débuté en particulier le 20 juillet 2017 les états généraux de l’Alimentation, qui selon l’annonce du ministère de l’Agriculture « s’articulent autour de deux chantiers, le premier consacré à la création et à la répartition de la valeur, le second portant sur une alimentation saine, sûre, durable et accessible à tous. Quatorze ateliers, dont un atelier transversal, se dérouleront entre la fin du mois d’août et la fin du mois de novembre ». L’alimentation, oui, entre scandales sanitaires, surproduction, gaspillages, paupérisation des petits agriculteurs et autres incohérences économiques, l’idée est excellente et le sujet passionnant tant il représente la base de notre existence. Sans compter, évidemment, l’impact écologique de l’agriculture intensive et des filières agroalimentaires.

Mais en même temps, pour reprendre une expression présidentielle, le CETA entre l’Europe et le Canada, préparé depuis plusieurs années, prendra effet à partir du 21 septembre 2017. Nicolas Hulot, parmi beaucoup d’autres, s’y est toujours résolument opposé comme au TAFTA, considérant que cet accord est climaticide car favorisant surtout les lobbies industriels, antidémocratique pour l’opacité avec lequel il a été préparé et les droits qu’il confère à des entreprises sans concertation avec les parlements, et préjudiciable aux filières agricoles et aux consommateurs. Pour reprendre les termes de la pétition toujours active sur le site de la Fondation pour la Nature et l’Homme** : « Les dommages sur les normes sociales, environnementales et climatiques, les droits des travailleurs et des consommateurs, la santé, les services publics, la diversité culturelle ou encore les filières agricoles seront irréversibles. Des millions de citoyen.ne.s et des centaines de collectivités territoriales à travers l’Europe les refusent ». Le CETA a pourtant été validé le 31 juillet par le Conseil constitutionnel, dernier verrou en ce qui concerne la France.

Ou comment, selon un processus constant, mesures et contre-mesures empêchent un progrès réel. Ceci n’est qu’un exemple d’actualité, mais la liste est longue.

L’on espère, donc, dans sa capacité de créer « des processus irréversibles » comme il le souhaite, et dans la liberté qui lui sera donnée de le faire. Et l’on adhère forcément à sa déclaration lors d’une interview au JDD du 29 novembre 2015, la veille de la COP21 : « C’est le démarrage d’une dynamique, mais il ne faut pas s’en tenir là. Il faut marquer à la culotte les États sur leurs engagements. J’aimerais aussi qu’on remette bientôt sur la table l’idée, tombée aux oubliettes, d’une organisation mondiale prenant en charge la gestion des biens communs de l’humanité. Une gouvernance pour les écosystèmes, les ressources alimentaires, les sols, les équilibres climatiques, qui puisse notamment soustraire à la spéculation ces biens communs. Une autorité qui s’appuie sur un droit international reconnaissant la notion de crimes environnementaux, voire d’écocide. Parce que si on pense petit, on n’y arrivera pas. »

Même si Nicolas Hulot n’a pas dans la poche sa carte de Citoyen du Monde, il s’agit bien là d’une déclaration 100% mondialiste. Mais saura-t-il résoudre une équation si complexe ? C’est bien la question qui nous intéresse, car comme l’écrit son ami David Cormand, secrétaire national d’EELV : « On est payé pour savoir qu’il est très difficile de faire de l’écologie dans un gouvernement qui ne l’est pas… »***. Une chose est sûre : nous aurons la réponse dans les prochaines années.

Cosima de Boissoudy

* hors-série de juillet-août 2016 du magazine 60 Millions de consommateurs mentionnant trois produits vendus sous la marque Ushuaïa pouvant contenir un perturbateur endocrinien.

** http://www.fondation-nature-homme.org/action/tafta-ceta-des-traites-climaticides-qui-menacent-nos-democraties/?page=0&action_categorie[]=22

*** le point 20/08/17