124 skippers au départ de la Route du Rhum 2018 ! Un chiffre exceptionnel avec un nombre de voiliers jamais atteint et un autre record en vue, celui de l’affluence : les organisateurs comptent dépasser largement les deux millions de visiteurs sur les quais de Saint-Malo à l’occasion du départ qui – malgré une météo hostile – devrait être maintenu à la date prévue, soit le 4 novembre à 14h.

Cette course qui évoque tant de souvenirs ineffaçables à l’esprit des « voileux » et des amoureux de la haute mer, inscrit aussi de façon durable l’océan mondial dans l’esprit des terriens qui s’y aventurent pour la première fois.

Si Eugène Riguidel, navigateur d’exception et Citoyen du Monde, est l’un des pionniers de la protection des océans, nombreux sont les skippers qui, comme Jean-François Lilti, témoignent de leur détresse face à cette inexorable dégradation de leur terrain de prédilection… Ellen Mc Arthur propose de repenser l’économie du plastique, Isabelle Autissier nous alerte sur les risques à venir du trafic maritime dans la région du nord-est, Jo le Guen se révolte contre la pollution des océans causée par les armateurs trop mal intentionnés… De nombreux autres, moins célèbres mais tout autant motivés, tentent d’alerter sur cet immense destruction silencieuse et invisible qui se déroule trop loin de nos regards.

A la réflexion, cette prise de conscience est tout sauf surprenante.

D’une part, la perspective de traverser des océans, parfois la planète toute entière, sans consommer d’énergie fossile, induit inévitablement une réflexion sur le sens que l’on donne à une société essentiellement dépendante des gisements pétrolifères. Et encore plus lorsque l’on croise sur les rails ces interminables files de cargos qui entaillent les mers tels d’immenses lames de ferraille.

D’autre part, la vie à bord de ces derniers aventuriers du XXIème siècle ressemble souvent plus à l’ascèse d’un moine dans sa cellule qu’à une croisière de tourisme et sa débauche de gaspillage ordinaire. Les réserves de nourriture et d’eau potable sont pesées au gramme près et leur consommation contenue au minimum nécessaire. Il s’agit de survie, volontaire évidemment, mais bien de survie. Jour après jour, la confrontation à cette réalité du rapport de la planète à chaque vie humaine fait souvent naitre une conscience aigue du sens à donner au Way of Life à l’occidentale : les ressources de la planète sont limitées et notre mode de vie malheureusement exponentiel. Cherchons l’erreur.

Enfin, et même si la mise en œuvre de ces voiliers de haute technologie* reste relativement énergivore, ils sont là pour durer, durer le plus longtemps possible, parfois des dizaines d’années**, et ceux qui sont délaissés par les skippers les plus en vue sont rapidement repris en main, réparés et entretenus par d’autres marins ravis de pouvoir naviguer dans les limites d’un investissement abordable.

Notre voilier, Ecole Diagonale pour Citoyens du Monde, inscrit pour soutenir la création d’une Autorité Mondiale des Océans – comme il le fit en 2010 sous le nom de Citoyensdumonde.net – est également au départ de cette 12ème Route du Rhum pour défendre le terrain de jeu des skippers qui attendent aujourd’hui à Saint-Malo l’heure du départ.

Alors bonne route à Jean-François… et bonne route à ces 124 aventuriers de l’océan mondial !

Didier Marchand

 

* Ecole Diagonale pour Citoyens du Monde, modestement présenté comme un catamaran fabriqué par une bande de copains, est malgré tout réalisé en carbone avec la technique de l’infusion sous vide particulièrement délicate à mettre en œuvre.

** Acapella et PiR2, tous deux construits dans les années 80, sont aujourd’hui sur la ligne de départ à Saint-Malo.