Si nous ne modifions pas, en le précisant, notre discours d’expression mondialiste, je crains que les citoyens du monde ne risquent de perdre leur plus utile bataille militante: celle de la  » mondialisation ».

Mondialisation = pratique du mondialisme…. Et pour certains d’entre nous, mondialisation = nationalisation à l’échelon mondial des ressources vitales pour l’Homme et la protection de l’Humanité….

Alors que depuis 1948 et jusqu’aux années 1990 nous étions à peu près les seuls à employer les termes « mondialisme » et « mondialisation », le mot  » mondialisation » est aujourd’hui couramment employé.
Ce terme fleurit journellement dans nos radios, télévisions et journaux, et fait l’objet de bien des commentaires et critiques de toutes sortes,
apparaissant souvent comme l’état « inéluctable » des échanges
économiques mondiaux soumis au libéralisme le plus absolu.
Pour beaucoup, la mondialisation c’est la mise en compétition, en
concurrence sans aucune entrave, des différentes économies nationales des pays de la planète.

Les buts et les espoirs que les citoyens du monde ont voulu exprimer avec les mots « mondialisme » et « mondialisation » sont, il me semble, bien différents et même sans doute en grande partie contraires à cette définition.

Pour adapter au temps présent l’explication du vrai mondialisme, peut-être devrions-nous relancer, en les précisant mieux, nos aspirations à un monde humaniste, social, uni mais sans uniformité, en précisant des pistes politiques ou pratiques, des possibilités de résistance populaire en nous appuyant pour cela sur cette diversité que compose l’ensemble des citoyens du monde enregistrés.
Les abondancistes de l’économie distributive, les jeunes (ou moins jeunes…) qui ont participés aux sessions de l’Institut d’Etudes
Mondialistes, certains jeunes anarchistes ou marxistes non dogmatiques, des spécialistes du droit international et nos écolo-mondialistes peuvent, si nous savons lancer les initiatives, nous aider dans ce travail
d’évolution et de précision.

L’expérience de nos réalisations (Solidarité Mondiale contre la Faim, le Corps Mondial de Secours…), si minuscules soient-elles, pourraient peut-être servir d’exemples pour quelques actions citoyennes concrètes.
Nous ne pouvons plus, pour expliquer « notre » mondialisme, nous contenter d’invoquer d’une manière générale et vague des « transferts de souveraineté » au profit d’institutions mondiales. Il me semble juste, par exemple, de soutenir aussi les agriculteurs du tiers-monde qui réclament la souveraineté alimentaire de leur pays face à l’invasion commerciale de nos surplus et de dénoncer le pillage néo-colonial de certaines denrées agricoles ou matières premières par des multinationales.

Il me semble donc utile d’expliquer nos espoirs de voir s’établir une démocratie supranationale, encore bien lointaine, mais en précisant le sens humaniste, émancipateur et social de nos idées, même si, pour cela, nous mettons en place des organisations transnationales qui paraissent un peu à la marge de certaines légalités nationales…

Après tout, en 1948, Garry Davis lui-même ne s’était-il pas mis dans
l’illégalité en déchirant son passeport américain ?

Bernard Muet