paradisfiscalS’il est un domaine où la notion de nation a été dépassée au profit (si l’on ose dire…) de la mondialisation, c’est bien celui de la finance.
Nous, Citoyens du Monde, serions bien avisés d’accorder autant d’attention à l’économie et à la finance qu’à l’environnement, car l’un est le pendant de l’autre. À George Bush senior, poussé dans ses retranchements par un Bill Clinton pugnace lors d’un débat dans le cadre de la campagne électorale américaine de 1992, ledit Bill avait fini par porter l’estocade avec un définitif « that’s the economy, stupid ! » (l’économie, idiot !). On peut effectivement plus que soupçonner une relation de cause à effet entre les désastres écologiques et humanitaires d’un côté, et les prédateurs de la finance de l’autre. Voir, à titre d’exemples, la déréglementation des transports maritimes ou la spéculation sur les produits alimentaires, pour s’en tenir là.

Un Citoyen du Monde conséquent se doit d’être aussi attentif au monde « fantastique » de la finance (dette, paradis fiscaux, taxes sur les transactions financières…), qu’à une Charte pour les océans ou aux dangers du nucléaire, car les limites du monde physique sont presque atteintes tandis que la finance fait tout pour repousser ces limites en ruinant l’économie réelle dans la spéculation, la casse sociale, les désastres environnementaux et une virtualité mortifère sur laquelle les pouvoirs et les citoyens n’ont que peu de prise.

Intéressons-nous ici aux paradis fiscaux.

Ce sont souvent des petites îles éparpillées à travers le monde qui abritent des sièges sociaux et filiales d’entreprises et de multinationales afin que celles-là échappent à l’impôt.
On connaît, bien sûr, les îles Vierges et les îles Caïmans, mais il existe, nous l’allons voir, des destinations moins exotiques, certaines se situant même à nos portes.
Mais d’abord quelques chiffres, puisqu’il faut bien en passer par là.

1,6% des flux financiers mondiaux ont un lien avec l’économie réelle. Oui, vous avez bien lu : seulement 1,6% des flux financiers ont un lien avec l’économie réelle. Tout le « reste », soit 98,4%, a seulement un lien avec la spéculation financière. Tel est le monde de la finance, qui prétend avoir vocation à diriger l’économie mondiale.

5879 milliards d’euos sont gérés « off shore », sur un Produit intérieur brut (PIB) mondial estimé à 73625 milliards d’euros et, tenez-vous bien, 18 000 milliards d’euros transitent par les paradis fiscaux insulaires, soit au total, 1/3 environ du PIB mondial.

Dernier chiffre édifiant, les sociétés du CAC 40 sont imposées en France à 8%, quand les PME et PMI sont, elles, imposées à 33%.

Après l’argent, parlons un peu du temps, ce qui revient au même car dans la finance encore plus qu’ailleurs le temps, c’est de l’argent. Un ordre de bourse de Londres à Tokyo s’effectue en 230 millisecondes (millième de seconde). Mais cette vitesse est estimée encore insuffisante par les traders…

Poursuivons avec l’historique. 5 étapes importantes :

la suppression de toute corrélation, en 1971, entre l’or et le dollar, décidée par Nixon,

l’obligation faite à la France de se financer sur les marchés financiers, décidée en 1973 par le gouvernement Pompidou et son ministre des finances, Giscard d’Estaing.

les politiques ultra libérales de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan dès la fin des années 70, politiques inspirées par « l’école » des Chicago boys du sinistre Milton Friedman, conseiller d’Augusto Pinochet et de bien des dictatures latino-américaines. Toutes ces théories viennent pour l’essentiel du penseur Fredrich Hayek et de la « société du Mont-Pèlerin », dont Raymond Barre, notre ancien premier ministre, était un thuriféraire. En gros, il s’agit de mettre à genoux le monde du travail et de tout faire pour faire fructifier la rente et le capital : pas d’inflation, pas d’augmentations de salaires, peu de dépenses publiques (services publics et services sociaux) et, évidemment, pas d’impôts (« no taxes ! ») pour les possédants. Le pauvre est censé ramasser les miettes d’une société en croissance (toxique) et s’en contenter en travaillant plus, pour gagner moins. Et les riches prospèrent, parce qu’ils le valent bien …