Le plastique a peu à peu pris une place considérable dans nos vies. Il est pratique, léger, imperméable, malléable, économique, extraordinairement polyvalent sur tous les plans. Il peut se transformer en à peu près tout, prothèses, organes, tissus, matériaux de construction… Demain, il sera même intelligent, est-il prédit. Ainsi, un conteneur alimentaire pourra par exemple changer de couleur lorsque l’aliment sera périmé.

Le plastique, qui contribue grâce à ces qualités vantées par ses producteurs à toutes les industries via les composants ou les emballages, a conquis le monde sans efforts. Ces industries l’on fait pour lui. Il en est, comme le pétrole dont il est issu, à la fois un vecteur et un secteur majeur.

Il a eu ainsi le temps, peu à peu, de s’imposer comme un matériau indispensable, irremplaçable, et de se déverser sur le monde bien avant que le monde ne s’en inquiète. À l’heure de cette prise de conscience par quelques-uns, sa production totale depuis l’origine représenterait une épaisseur de six sacs en plastique sur la totalité de la planète, et ce grâce à une quantité minime de pétrole : 4 % de la production mondiale actuelle.

Sa production et ses usages progressent dans tous les domaines, comme les emballages à usage unique – 40 % de la production mondiale, parmi lesquels 1 million de bouteilles par minute, ou les textiles, où il fournit désormais 60 % de la production mondiale pour 2,5 millions de tonnes. Un chiffre qui augmente d’environ ½ million de tonnes tous les deux ans.

Il envahit ainsi les océans et s’y disperse, de même que sur terre où il a, sous forme de particules, colonisé même les espaces sauvages, et dans la terre où il est devenu un marqueur géologique de notre ère. Selon son cycle d’existence et sa biodégradabilité, la planète connaîtra un afflux massif de particules à partir de la fin du XXIe siècle. Si l’on parle beaucoup, actuellement, de ses méfaits dans les mers et du septième continent, on ignore encore les conséquences de cette invasion future sur terre. Il faut également souligner le fait que ces 8 à 12 millions de tonnes de plastique – selon les sources – déversés chaque année dans l’Océan ne représentent au maximum que 4 % sur environ 300 millions de tonnes de plastique produit chaque année, pour mesurer l’ampleur de ce processus.

En mangeant et en buvant, nous ingérons des particules. Il introduit également par la peau et le système respiratoire des molécules néfastes pour la santé telles que le bisphénol A, utilisé par les industriels pour sa fabrication depuis les années 1960, et dont la toxicité n’est prise en compte que depuis les années 2010.

C’est un exemple car d’une façon générale, les composants des matières plastiques sont inconnus de leurs utilisateurs, parfois dès l’étape de production des objets, a fortiori des consommateurs en bout de chaîne.

Le plastique s’entoure de secret, les sites de production sont particulièrement protégés et les législations sur certains composants sont de toute façon souvent inopérantes puisque les objets voyagent mondialement. De temps en temps, on apprend des intoxications avec des jouets ou des chaussures… Révélateurs de cette ignorance, de cette incohérence légale et d’une impossibilité de vérifier systématiquement la composition des objets importés.

Jusqu’à présent, la première réponse à cette dépendance mondiale au plastique et au pouvoir des lobbys, le recyclage, est insuffisante et imparfaite.

Insuffisante, c’est flagrant, pour ne prendre que l’exemple de la France, cinquième consommateur mondial de bouteilles en plastique (25 millions par jour), et qui ne figure qu’à l’avant dernier rang sur les 28 pays européens pour le recyclage de ce matériau, faute en particulier de mise en place de systèmes de collecte tels qu’ils ont déjà été initiés en Allemagne, en Suède ou en Norvège, pays les plus actifs. C’est ainsi que dans les grandes villes comme Paris et Marseille, seule une bouteille sur dix est collectée.

On peut aussi s’interroger sur cette consommation annuelle de neuf milliards trois cent millions de litres d’eau en bouteille par un pays dont la totalité du territoire est pourvue d’eau potable, quand d’autres pays gros consommateurs comme le Mexique ou la Thaïlande n’ont pas cet avantage. Explication : les marques ont convaincu les consommateurs que ces eaux en bouteilles étaient meilleures pour la santé et plus sûres que l’eau du robinet, ce qui n’est pas toujours le cas au vu de certaines analyses. Et d’un simple constat entériné par une étude récente : sur 11 marques analysées, 93 % comportaient une quantité de microparticules de plastique deux fois supérieure à l’eau du robinet.

Imparfaite techniquement – au-delà de la collecte insuffisante (14 %) -, puisque beaucoup d’objets, trop légers ou de composition trop complexe tels que les pots de yoghourts, barquettes, sacs en plastique, ne peuvent actuellement être recyclés. Les objets hétéroclites, constitués de différents matériaux non plus, qui partent à l’incinérateur quand les communes en sont pourvues. Certains plastiques ne sont d’autre part pas recyclables. Sur les 14 % collectés, donc, 8 % serviront à fabriquer des objets non recyclables en second lieu. Ne restent, au final, selon les matériaux, que 2 % permettant de refabriquer du plastique selon un cycle circulaire. On peut confronter cette évaluation d’une scientifique[1] à la promesse d’Edouard Philippe, en juillet 2017, de recycler « 100 % des plastiques sur tout le territoire d’ici à 2025 ». Ou aux 20 % environ de plastiques recyclés après collecte selon les chiffres officiels.

Le plastique fait actuellement au niveau européen l’objet d’une lutte sur tous les plans, pertinence de certains usages, recyclage, responsabilité de l’afflux des déchets et des collectes, composition des plastiques recyclables…

Le vote le 24 octobre par le Parlement européen d’une loi s’attaquant, enfin, à l’un des fléaux, les emballages et objets à usage unique, constitue une victoire historique contre le lobby du plastique. Elle a le mérite, également, de modifier l’image du plastique et de le rendre plus visible en tant que menace environnementale. Mais à l’échelle du monde, et en épargnant la production annuelle de 480 milliards de bouteilles en plastique, ce n’est qu’un maigre début. Actuellement on estime – pour revenir à l’océan – que huit fleuves d’Asie et deux fleuves d’Afrique charrient, à 90 %, les déchets qui finiront dans les mers[2]. Or, si sur ces continents on consomme aujourd’hui 20 fois moins de plastique qu’en Europe, les pays en voie de développement devraient contribuer de façon importante à l’augmentation de sa consommation, et donc de sa production, de 30 % d’ici 2030 à 60 % d’ici 2060[3]. Cela fera beaucoup de déchets, la pétrochimie passant devant les transports pour l’exploitation pétrolière, tout en continuant également d’impacter l’environnement et le climat lors de la production.

Comment ne pas conclure sur une note d’humour ? Plastics Europe a sa réponse concrète, hors la sensibilisation, l’étude et la pédagogie, à l’afflux de plastiques dans les mers. Cela s’appelle Clean Sweep[4], et tous les adhérents sont invités à devenir membres de cette opération. Il s’agit surtout de bien confiner les granulés de fabrication « hors des milieux naturels » selon une Déclaration commune pour des solutions au problème des déchets marins. « Tandis que les consommateurs sont responsables de l’élimination appropriée des produits usagés ». Tout est dit.

Cosima de Boissoudy

[1] https://reporterre.net/Dechets-plastiques-le-recyclage-n-est-pas-la-solution

[2] https://www.nationalgeographic.fr/environnement/les-dix-fleuves-du-monde-qui-charrient-le-plus-de-plastique

[3] https://www.novethic.fr/actualite/environnement/ressources-naturelles/isr-rse/le-plastique-va-devenir-le-1er-debouche-pour-l-industrie-petroliere-devant-les-voitures-et-les-avions-146438.html

[4] http://www.opcleansweep.fr/les-enjeux/

Huit années après avoir participé à la Route du Rhum 2010 avec le catamaran “ citoyensdumonde.net ” , Jean-François Lilti, les élèves de l’Ecole Diagonale et le voilier rebaptisé “ Ecole Diagonale pour Citoyens du Monde ”  sont aujourd’hui au départ de cette Route du Rhum 2018 pour soutenir la création d’une Autorité Mondiale des Océans.

Soyons des milliers à bord du voilier “ Ecole Diagonale pour Citoyens du Monde ” pour cette course en solitaire !